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Le coup de Jarnac




Notre belle langue française contient de nombreuses citations et expressions comprenant des noms de ville. En France, tous les chemins mènent à Rome, qui d’ailleurs ne s’est pas faite en un jour, avec des si nous mettons Paris, qui vaut bien une messe, en bouteille. Il n’y a pas besoin d’aller à Tataouine pour trouver des expressions, ici c’est Byzance.

Toutes, prennent leur source dans l’histoire de notre beau pays et celle du monde. Et au milieu de Paris, Rome, Byzance, une petite ville charentaise a fait un joli coup en se glissant au milieu de ces grands noms : Jarnac


Ville de Jarnac en Charente (16) et le fleuve Charente


I – Une histoire de maîtresse et de jalousie.

Remontons le fil du temps et arrêtons-nous au XVIe siècle. La maison des Valois règne sur la France, il s’agit plus précisément de la branche des Valois-Angoulême car depuis la mort sans héritier de Louis XII, c’est son cousin et gendre, François d’Angoulême qui est sur le trône de France.

Les dynasties se suivent, mais les mœurs de la cour elles ne changent pas. François Ier multiplie les conquêtes amoureuses et bien évidemment les maîtresses et les favorites. Pour notre roi charentais, il n’y aura pas, mais favorite qui le restera jusqu’à la mort du monarque, la duchesse d’Etampes, Anne de Pisseleu. Cette position attise la jalousie de certaines ambitieuses, parmi lesquelles se trouve la célèbre Diane de Poitiers, favorite du dauphin Henri, futur Henri II.

Attention spoiler : ces deux femmes se détestent. Alors quand à la cour de France se répand la rumeur, sûrement lancée par Diane de Poitiers, qu’Anne de Pisseleu s’est entichée de Guy Ier Chabot, le grand ami du roi, la guerre des Dames est déclarée.


Guy Ier Chabot et Anne de Pisseleu


II – Guy Chabot

Mais arrêtons-nous un instant sur Guy Chabot. Second fils du Charles Chabot, maire perpétuel de Bordeaux nommé par François Ier et de Jeanne de Saint-Gelais, Guy voit le jour en 1508 (ou 1514 selon les sources) dans les Deux-Sèvres. Il sera comme son père et son arrière-grand-père, nommé maire perpétuel de Bordeaux par François Ier, il cumulera les titres de sénéchal du Périgord, de Gouverneur et Lieutenant-Général de La Rochelle et de l’Aunis, mais surtout, il est le Baron de Jarnac.

Afin de faire taire au plus vite les ragots, Anne de Pisseleu s’arrange pour marier Guy Chabot à sa sœur Louise. C’est chose faite le 28 février 1540.

Bien implanté dans la cour du royaume de France grâce à son habileté à se servir de ses relations, Guy Chabot vit largement au-dessus de ses moyens, peu fortuné il mène pourtant la grande vie.

Ce personnage exaspère au plus haut point le dauphin qui manigance contre lui avec sa favorite qui elle cherche comme toujours à atteindre Anne de Pisseleu.


III – L’affront de trop

Un beau jour, non sans arrière-pensée, Henri demanda à Chabot d’où il puisait toutes ces ressources qui lui permettaient d’assurer son train de vie. Un peu naïvement, celui-ci répondit honnêtement qu’il était fort bien entretenu par la seconde épouse de son père, Madeleine de Puiguyon.

Quelle aubaine pour les deux intrigants qui profitent de cette déclaration pour faire naître de nouvelles calomnies à l’encontre de Guy Chabot. Après le bruit d’une relation entre lui et Anne de Pisseleu, voilà que l’on fait courir le bruit que si sa belle-mère l’entretien aussi bien c’est parce que cela cache des faveurs bien particulières.

Cette fois, s’en est trop et voilà que Chabot s’en va quérir auprès de son roi en guise de réparation l’autorisation de laver son honneur lors d’un duel. Celui qu’il souhaite provoquer en duel n’est bien évidemment pas le dauphin lui-même, mais à un fidèle ami d’Henri qui prend sur lui la responsabilité de l’horrible rumeur, François de Vivonne, seigneur de Châtaigneraie.

Mais le monarque ne donna pas son autorisation, car cela n’était pour lui que « querelles de femmes ».



IV – Le duel

Le 31 mars 1547, François Ier « rendit l’esprit à Dieu entre une et deux heures après midy » (récit de de Pierre du Chastel, évêque de Mâcon et lecteur ordinaire du roi), au château de Rambouillet.

« Le roi est mort, vive le roi »…vive le roi Henri II qui dès qu’il succède à son père entreprend de se séparer de l’ancienne cours qui gravitait autour du roi. C’est ainsi qu’Anne de Pisseleu perd la partie et tandis que Diane de Poitiers devient la favorite du roi, tombe dans la disgrâce. Pire encore, offense suprême, elle est accusée d’avoir trahi la France en ayant eu des relations ambigües avec Charles Quint, le grand ennemi du roi défunt.

Nous pourrions en rester là, mais ce serait sans compter sur Diane qui souhaite après avoir eu la peau de son ancienne ennemie, avoir celles de son entourage. Ayant un accès privilégié à l’oreille du roi, elle va le pousser à autoriser le duel qu’avait demandé Guy Chabot et dont il vient de réitérer la demande. C’est pour elle l’occasion rêvée de se venger du baron de Jarnac, qui face au fin escrimeur qu’est François de Vivonne ne devrait pas faire long feu.

La réputation de brillant escrimeur du seigneur de la Châtaigneraie n’est un secret pour personne. C’est pourquoi, de son côté, notre Guy Chabot s’est entraîné auprès d’un italien, le capitaine Caize. Là, il apprend un coup très innovateur, un coup de revers.


Château de Saint-Germain-en-Laye


Notre histoire touche à sa fin. Nous sommes le 10 juillet 1547, bien loin de la Charente, au pied du château de Saint-Germain-en-Laye. Deux loges sont construites pour accueillir les duellistes qui s’y préparent. La nouvelle cour d’Henri II, elle, prend part dans un amphithéâtre. Diane de Poitiers est elle aussi présente, bien décidée à goûter par le fleuret de Vivonne sa victoire.



Le premier à sortir de sa loge est François de Vivonne, vient ensuite Guy Chabot. D’un pas solennel, tous deux s’avance, ne montrant ni l’un ni l’autre le moindre doute, la moindre peur, seul un sentiment de détermination est perceptible depuis les tribunes où le spectacle se fait attendre. De suite, de Vivonne se montre très agressif et attaque sans relâche Chabot qui se défend à merveille sous les encouragements et les conseils du capitaine Caize qui tel un coach s’époumone sur le bord du terrain. Une petite pause est offerte aux deux duellistes pour reprendre des forces et c’est à la reprise que Jarnac entre dans l’histoire. Le baron feint d’attaquer le seigneur de la Châtaigneraie à la tête, celui place alors les mains au-dessus pour se protéger le visage. Mais d’un geste magnifique, jouant avec son épée il porte finalement son coup à la cuisse de Vivonne qui s’effondre immédiatement.

Son honneur lavé, le baron de Jarnac se tourne vers le roi qui met fin au combat devant une assistance médusée par le coup innovateur de Jarnac.



Le petit + recette insolite



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